Nouvelles de l'AQPM

Sophie Deschênes en appelle à un accroissement des budgets de production

Photo: Qui fait Quoi (MBT)

Être membre de l’AQPM représente des avantages à plusieurs niveaux, note tout de go Sophie Deschênes. L’association est là pour défendre les droits et les intérêts des producteurs, pour négocier les conventions collectives avec les réalisateurs, les auteurs, les techniciens et toutes les autres parties prenantes de l’industrie de la production médiatique. « Quand elle se retrouve à la table de négociations, l’association nous consulte et parle en notre nom, ajoute la présidente de Sovimage. Et l’équipe sait faire la différence entre les grandes et les petites productions, les projets jeunesse ou le documentaire. Elle est devenue un peu notre gardienne. »

Sophie Deschênes s'engage dans le conseil d'administration de l’AQPM depuis de nombreuses années et, avant, a participé aux tables de négociations. « Cela m’a sensibilisée à des enjeux différents de l’industrie et de ses secteurs, cinéma, télévision, numérique et multiplateforme, note-telle. Lorsque tu te trouves à la table de négociations, tu vois la différence entre les boîtes de production, dont les entreprises artisanales comme la nôtre, cela donne une vision d’ensemble. » Lorsqu’ils s’impliquent, les producteurs deviennent une source d’information, ce qui permet à l’AQPM de cerner les enjeux et de représenter les divers intérêts auprès des paliers gouvernementaux. C’est une roue qui tourne, illustre la productrice de Sovimage.

Et l’association évolue au rythme de la production et de l’industrie, mais aussi au rythme de la culture québécoise, donc elle n’a pas le choix de s’adapter et doit rester à la fine pointe des changements de l’industrie. Sophie Deschênes donne en exemple l’année 2020, annus horribilis s’il s’en fut une. La COVID-19 a stoppé les productions, qui ont pu reprendre pendant l’été, mais avec des normes sanitaires très strictes. Les producteurs ont dû repenser les tournages, les diffuseurs ont remanié leurs grilles. La pandémie a créé une multitude de problèmes. Et l’AQPM est montée au front pour ses membres.

Lorsqu’on lui demande quels dossiers demeurent les plus importants à ses yeux, la productrice préfère ne pas répondre, de peur d’en oublier. Elle espère cependant que l’on commence à voir la lumière au bout du tunnel et attend avec impatience la levée des mesures sanitaires. Sovimage a produit deux séries en temps de pandémie et si cela a été difficile psychologiquement et moralement, les tournages se sont bien passés et on n’a vu aucune éclosion sur les plateaux. Pourtant, ce n’est pas simple : les acteurs doivent respecter les zones, cela complique le montage des horaires. Sans compter que des projets de 2020 ont été remis à 2021.

Sophie Deschênes craint un embouteillage lorsque les productions américaines vont débarquer avec leurs gros budgets, attirant la main d’oeuvre qui n’a pas travaillé depuis six mois. « Cela va créer une pénurie d’emploi, souligne-t-elle. Et quand tu le vis, ce n’est pas un beau problème. Nous tournons beaucoup plus que l’année dernière avec des normes très sévères. Sans compter que les comédiens vont recommencer à travailler au théâtre. Les diffuseurs ont soif de contenus et veulent qu’on aille vite. »

Et, pendant ce temps, les dossiers s’accumulent, le projet de Loi C-10, la multiplication des plateformes de diffusion en continu, des dossiers majeurs. « Hélène Messier est extraordinaire !, lance Sophie Deschênes. Elle suit tous les dossiers. Elle est une battante intelligente, elle voit bien les problématiques et les enjeux. Cela fait cinq ans qu’elle est en poste et le boulot qu’elle a accompli avec son équipe est phénoménal. » Depuis l’arrivée de la PDG, les dossiers chauds se sont accumulés : par exemple, en août 2019, l’AQTIS menaçait de faire grève et l’UDA et l’ARRQ avaient demandé à leurs membres de ne pas traverser les piquets ; la question de la révision de la Loi sur la radiodiffusion a pris un espace important. À travers tous les chamboulements, le personnel de l’AQPM s’est montré très dévoué.« On doit nous souhaiter d’être capables de grandir encore davantage, note la productrice. Les productions québécoises et le starsystème demeurent exceptionnels. On grandit avec nos vedettes, les suivant des séries pour enfants à la télévision et au cinéma. Cela n’existe pas au Canada anglais. Ici, on peut compter sur ce star-système, sur la créativité des auteurs, des réalisateurs, des producteurs. Ces derniers ont un pif incroyable pour trouver de bonnes séries. »

Mais les productions québécoises doivent se tourner vers l’exportation. La différence entre les budgets canadiens et québécois n’est plus tenable. Les producteurs québécois ne jouent pas à armes égales avec leurs contreparties canadiennes en matière de budget. « Il faut mettre de l’argent dans la machine, affirme la présidente de Sovimage. Nous travaillons avec la moitié des budgets du reste du Canada. On fait face à une grande bataille pour aller chercher davantage de financement. Les diffuseurs disent que les séries dramatiques doivent coûter tant et s’arrêtent là. Mais ce n’est pas vrai ! Il faut changer les mentalités. »

Sophie Deschênes en appelle à ce changement de mentalité et à davantage de financement afin de pouvoir se retrouver sur les plateformes et rayonner à l’international. « L’industrie québécoise est florissante et nous devons continuer à faire de grandes choses. Nous ne pouvons pas rater le virage », conclut-elle. 

Propos recueillis par Sophie Bernard pour le Qui fait quoi no 407 (mai 2021).

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